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Joy Division - Unknown Pleasures (Factory records)

 

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Tracklist :

 

1/ Disorder

2/ Day Of The Lords

3/ Candidate

4/ Insight

5/ New Dawn Fades

6/ She's Lost Control

7/ Shadowplay

8/ Wilderness

9/ Interzone

10/ I Remember Nothing

 

 

 

 

J'ai un peu honte de le dire mais j'ai découvert Joy Division il y a quelques années grâce à l'excellent film Control consacré à la vie de Ian Curtis. J'avais vaguement entendu parler du groupe jusque-là mais ne m'étais jamais vraiment penché sur la question. Depuis je remercie chaque jour Anton Corbijn de m'avoir sorti de mon ignorance.

 

Le groupe Joy division s'est formé en 1976 à Manchester. Une ville industrielle, sans aucun charme, dont le climat et la grisaille donnerait le cafard à Krusty le clown... Pas étonnant dès lors que c'est en cette charmante bourgade qu'est né un des groupes les plus sombres de l'histoire de la musique.

 

Pourquoi ce nom Joy division alors si le groupe ne respire pas vraiment la joie ? Joy division (« les divisions de la joie ») désignait pendant la guerre 39-45 le lieu dédié à la satisfaction sexuelle des soldats allemands dans les camps de concentration. Gloups, pas franchement fun. 

Il faut dire que le leader charismatique de Joy division, Ian Curtis, était un garçon pour le moins tourmenté et le voir observer une sorte de fascination morbide pour la période la plus sombre de l'histoire mondiale n'est pas si surprenant... Le nom initial du groupe était d'ailleurs Warsaw, Varsovie en anglais, ville célèbre pour avoir hébergé le plus grand ghetto juif de la seconde guerre mondiale.

 

Mais revenons-en à nos moutons. Après avoir essayé plusieurs batteurs, c'est Stephen Morris qui finit par s'imposer au sein du groupe, composé également du guitariste Bernard Sumner, du bassiste Peter Hook et donc de Ian Curtis. Les quatre musiciens entrent en studio en avril 1979 pour enregistrer leur premier album, Unknown pleasures. Un album qui fera date.

 

La pochette vous est sans doute familière. Réalisée par le graphiste Peter Saville, elle est inspirée du graphique des signaux enregistrés par le premier pulsar (étoile à neutrons). Une image choisie par Bernard Sumner et qui, pour Saville constitue « un magnifique symbole énigmatique ».  

À l'image du groupe donc.

 

L'album s'ouvre sur « Disorder », morceau incroyable doté d'une intro batterie/basse absolument ahurissante. « I've been searching for a guide to come and take me by the hand » (« J'attendais un guide qui viendrait et me prendrait par la main »). Tels sont les premiers mots de Curtis. Des mots lourds de sens illustrant, déjà, son mal-être. Mais c'est lui et le quatuor formant Joy division qui nous prennent par la main et nous emmènent dans un univers inconnu. Un univers ténébreux et fascinant à la fois.

 

La voix de Curtis, grave, monocorde, semble venue tout droit d'outre-tombe. La basse répétitive, entêtante, a une importance primordiale dans la musique de Joy division. C'est elle qui donne le la.

Le jeu brillantissime du guitariste Bernard Sumner nous subjugue également. Ses riffs saccadés, ses solos si précis qui montent en puissance (« Shadowplay »)...

 

« She's Lost Control » est un titre proprement hallucinant et renversant. Des sons de batterie qui résonnent fort, une basse obsédante qui n'a jamais sonné aussi aigüe, et la voix de Curtis, qui semble poursuivi par ses démons et cherche à s'enfuir. La reverb appuyée nous fait d'ailleurs entendre des voix d'esprits. Peut-être la voix de cette femme, rencontrée peu de temps auparavant par Curtis, morte d'une crise d'épilepsie. Le même mal qui rongeait le chanteur... C'est d'ailleurs pour elle qu'il a écrit ce morceau, comme pour exorciser ses démons et s'éviter un sort semblable à celui de la jeune femme.

 

L'apport de Martin Hannett est indéniable. Ingénieur du son génial, soucieux du moindre détail (notamment sur les sons de batterie et les effets divers), il a réussi à sublimer le son de Joy division et à renforcer toute l'émotion qui s'en dégage.

 

Cet album intemporel, d'une noirceur absolue, est si intense, si puissant qu'il finit par nous happer irrésistiblement. On suffoque parfois, mais on en redemande, toujours. 

 

La musique d'Unknown Pleasures dégage une colère rentrée, tout en retenue. On comprend mieux ce qu'est le post-punk. Mais il paraît que c'est aussi l'initiateur de la cold wave, de par son ambiance glaçante à souhait. On retrouve également des atmosphères chères à Robert Smith (« Day Of The Lords », « New Dawn Fades »). Et donc les prémisses du rock gothique...

Bref cet album est beaucoup de choses à la fois mais inutile de chercher à le classer c'est avant tout un grand disque.

 

Un disque qui ne connaîtra qu'un successeur, Closer, du même acabit. Ce dernier fut publié juste après la mort tragique de Ian Curtis à 23 ans (suicide par pendaison), conférant au chanteur le statut mérité de légende du rock.

 

JL



17/10/2012
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