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Créativité et tourment: paire fatale?

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Il n'y a pas longtemps j'ai découvert le site "TED": ideas worth spreading, avec des conférences dans tous les domaines.

Je suis tombée sur la conférence de l'écrivaine Elizabeth Gilbert, qui a écrit un best-seller adapté au cinéma (un vrai navet) mais elle aborde le sujet de la créativité d'une manière assez intéressante. Depuis longtemps l'idée de que la créativité est liée à l’instabilité ou la souffrance est bien acceptée. En prenant comme exemple Van-Gogh, Rimbaud, Kurt Cobain, Layne Staley et bien trop d'autres on se demande si la créativité serait finalement un désastre annoncé.

L'auteure dit que tout cela est la faute à l'idée de la Renaissance de placer la personne dans le centre de l'univers. Les romains et les grecs voyaient la créativité comme une entité à part, appelée "génie" ou "démon" et grâce à ce truc, si le résultat de la créativité était un vrai désastre ce n’était pas tout à fait la faute de la personne et si c’était un grand succès le crédit n'était pas entièrement pour l'artiste. Il y avait une distance entre le produit et la personne créative, l'oeuvre d'art n'appartenait pas totalement à l'artiste.

Aujourd'hui on trouve encore des musiciens fragiles et en étroite relation avec la souffrance, alors! Pourraient-ils oublier leurs egos et toutes ces années de science et retrouver leur "démon-génie" en dehors d' eux? Est-ce que c'est trop tard pour changer l'idée de artiste = destin lugubre/mélancolique/sinistre/suicidaire/existentialiste?
Emily

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Hello Emilie, welcome !
Pour un premier post, tu rigoles pas !
Je pense que tu soulèves deux "problèmes". Tout d'abord, le fait de distancer le produit final de la personne créative. Pourquoi pas mais je vois pas trop comment... Pour un album ou une peinture ou quoi que ce soit, il faudrait donc ne pas créditer l'auteur mais une "entité" ? À part embrouiller le consommateur, je n'en vois pas trop l'intérêt (oui je réfléchis en termes de consommation on est au XXIe siècle).

De plus, je pense qu'il est nécessaire de saluer les véritables ARTISTES pour leurs OEUVRES. On parle d'art, pas de fabrication de produits laitiers et même si au final ils sont plusieurs à en partager les recettes, la reconnaissance, etc. Le principal mérite en revient quand même à l'auteur et ça me parait assez logique.

Ce que je ne capte pas bien, c'est le rapport avec le deuxième point soulevé : la souffrance de l'artiste.
Il y a effectivement bon nombres d'artistes qui en faisant ressortir leurs souffrances ont produit de grandes oeuvres. Ne serait-ce qu'en musique, tu parles de Layne Staley et Cobain, on avait aussi évoqué en ces pages Joy Division (Ian Curtis) et Nine Inch Nails (Trent Reznor). Mais je ne vois pas trop en quoi les dissocier de leurs créations auraient pu leur venir en aide. Je pense même au contraire que ça leur a fait beaucoup de bien de s'évader grâce à leur musique et d'évacuer leurs tourments par ce biais.
Par ailleurs, fort heureusement, tous les artistes n'ont pas un destin lugubre et suicidaire, y en a qui respirent la joie de vivre et ça ne les empêche pas de faire de la bonne musique (au hasard, Manu Chao).

Bon je m'arrête j'ai le cerveau qui fume, et je suis ptetre à coté de la plaque...

Fuck you i won't do what you tell me !

Il y un truc qui me vient à l’esprit dans les artistes que tu cites Emily. C’est peut être juste une coïncidence mais il existe un point commun qui les rassemble, la consommation de drogue que se soit pour Rimbaud, Van Gogh, Cobain, Staley et bons nombres d’autres personnages importants peuvent être cités. La drogue n’a t’elle pas influé sur leur créativité ?

Pardon si je m’égare...

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Bongiorno!

Tout à fait d'accord avec les problèmes que cette thèse soulève, voilà l’intérêt d'en discuter! Alors,l'idée n'est pas de créditer l'oeuvre à un truc à part et de le reconnaître face aux consommateurs, c'est plutôt une protection psychologique pour l'artiste, pour prendre une distance face à sa création. "Every one of my books has killed me a little more" disait Norman Mailer, mais effectivement pour moi cela va au delà de la création, l'enjeux n'est pas de dénigrer l'artiste ou l'oeuvre mais d' essayer de contester aux conséquences de ce type de personnalité. Justement Julien je pense que leurs créations et la consommation de drogues sont un reflet de ce type de personnalité et peut-être le problème n'est pas en soi la création mais l'origine de la créativité. Même si heureusement il y a des Manus Chaos, le type d'artiste tourmenté est aujourd'hui encore bien présent. Alors, le problème serait plutôt comment "encadrer" cette sensibilité pour éviter ces destins dramatiques??
Emily

Que serait devenu ses artistes tourmentés, si ils n'étaient pas connu ou créateur? Leur art les a t ils enfoncé et cloisoné dans ce tourment?
Le fait "d'encadrer" cette sensibilité, ne mettrait elle pas fin a leur créativité?
Bizarre mais ça laisse présager qu'il n'y a pas d'Issues plausibles pour éviter un destin tragique.
Si cette sensibilité retranscrite dans leur œuvre, interpelle, éveille les émotions du public, cela expliquerait le succès engendrait par ces œuvres. Si l'artiste ne parvient pas a émouvoir son public, il est voué a l'échec.
Par contre le risque, c'est que le succes rencontré par un artiste tourmenté et fragile, soit plus difficile a gérer et puisse être a l'origine d'une fin tragique.
Pour avoir écouter a beaucoup de reprise l'album "clandestino" de Manu Chao, et malgré l'image très positive qu'il donne et que sa musique procure, il a écrit des textes assez morose et triste "dia luna...dia pena"; "la vie a 2". Comme quoi !

Julien

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Personnellement je pense que ce destin tragique n'est pas inévitable! L’intérêt de l'art est de communiquer justement grâce à l'émotion, mais je pense que le problème serait plutôt que l'idée acceptée sur l'art est centrée sur l'individu, le partage pourrait être alors un solution. Par exemple, (oui, ce n'est pas du rock mais c'est de la musique!) au Venezuela le musicien Jose Antonio Abreu a fondé "El Sistema" en 1975 pour aider les jeunes défavorisé-e-s doué-e-s pour la musique à approfondir ses connaissances et finalement intégrer une orchestre. Aujourd'hui il y a plus de 120 orchestres, 270 centres de musiques et 250 000 jeunes musiciens ont démarré leur carrière professionnelle! Abreu voit la musique comme un agent de changement social. Cela peut paraître bien à part, mais je pense que le coté tragique liée à l'art pourrait ce modifier en sortant de l'encadrement du drame individualiste. Pour moi ce cas montre une "canalisation" de cette sensibilité, dans le bon sens!
Emily

Je suis assez d'accord avec toi sur le fait que l’intérêt de l'art et d'être diffusé, communiqué, partagé et enseigné. Tu cites un très bon exemple celui de Jose Antonio Abreu, et ce n'est vraiment pas gênant que se ne soit pas du rock (on essai justement d'être éclectique sur le blog). Il y a d'ailleurs une chronique du groupe "Asian dub Foundation", l'origine de ce groupe sur le blog, me fait penser à ton exemple. Pour la petite histoire: Farringdon Community Music House à Londres, un lieu où des ateliers étaient conçus pour enseigner aux enfants d'origine asiatique les bases des technologies de la musique.Les responsables de ces ateliers, Aniruddha Das, John Pandit aussi connu comme DJ et un de leur étudiant, Deeder Zaman un rappeur bengali de 14 ans forment un sound system qu'ils appellent Asian Dub Foundation. Plus tard, les ateliers eux-mêmes seront rebaptisés Asian Dub Foundation Education.
Voila des musiciens qui avant de vouloir chercher la gloire ou le profit, se sont consacrés à aider des jeunes issus de leur communauté à découvrir, s'impliquer, dans un projet artistique.
Le partage serait donc une bonne solution.
Concernant l'art centré sur l'individu, il y a à mon sens trop d'acteurs et phénomènes de société qui rentrent en compte, comme les médias, une surexposition médiatique voulue ou non par un artiste peut engendrer des effets positifs sur la diffusion, la communication de son œuvre, mais aussi à l'inverse des effets destructeurs et dévastateurs ( entrer dans la vie privée, ou des critiques négatives). Et je pense que les médias ont pour tendance de centrer l'art sur l'individu.
Je m’égare peut être encore une fois.

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Les deux exemples sont effectivement similaires. Concernant ADF d'ailleurs Julien, je l'avais évoqué dans la chronique de ces derniers espèce de détourneur d'info.

Par contre, ces initiatives, aussi louables soient-elles, ne peuvent selon moi pas grand chose contre la sensibilité d'un artiste tourmenté et dépressif. L'idée est de venir en aide à des jeunes défavorisés et aura donc souvent pour résultat de les empêcher de dériver vers un chemin pas cool (ouh c'est bien dit ça), braquer des vieux etc. OK, très bien.

Mais je ne vois pas en quoi cela peut sortir quelqu'un de la déprime voire d'envies suicidaires. Après je ne dis pas pour autant qu'un destin tragique ne peut pas être évité, je ne crois pas à la fatalité mais il y a tellement de facteurs qui rentrent en compte (l'enfance, l'entourage, la personnalité de chacun...)

Et effectivement les médias aiment bien désigner des héros, des bad guys, des rock stars, c'est vendeur. Peu importe l'effet parfois désastreux sur la cible (cf Kurt)...


Dernière modification le 23-11-2012 à 20:21:29
Fuck you i won't do what you tell me !

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Les médias! C'est pour cela que j'ai grandi sans télé
Intéressant l'exemple d' ADF, et eux? ils n'ont pas eu des fins tragiques?
Par ailleurs Jo, je pense que cette idée n'est pas si réductrice. Dans cette dernière décennie le développement de la psychologie positive (l’étude des conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des gens, des groupes et des institutions) a montré avec de nombreuses études que la stabilité émotionnelle protège une personne contre des émotions négatives, et cette stabilité est liée à la notion d' intelligence sociale. En l'occurrence on peut voir ce "partage" (qui peut prendre plein de formes) comme une forme d'intelligence sociale. Ce courant a fait plusieurs études pour montrer que finalement la stabilité et le "bonheur" sont liés à la quantité et qualité de relations interpersonnelles et aussi au fait de sentir qu'on fait quelque chose pour le monde. Alors l’encadrement des artistes dans cette souffrance individualiste est bien inutile, et peut-être est-il temps de sortir de cette optique et voir les choses en perspective.
Emily

ADF n'ont pas eu une fin tragique hormis des albums peut être moins intéressants ces derniers temps.

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Bien sur que ça peut avoir des retombées positives. Après souvent les gens sensibles, sujets à dépression sont aussi des rêveurs, des solitaires qui peuvent très bien être entourés d'amis ou jouer dans un groupe mais finalement s'auto-exclure... Comme Layne Staley ou Cobain (voir "last days") qui se sont complètement coupés du monde pour fuir les autres ce qui les a conduits à une fin tragique.
Heureusement tous les cas sont différents mais tout ça pour dire que dans certains cas l'entourage et les relations sociales ne suffisent pas quand le mal est profond.
Quant à ADF, les fondateurs se portent bien mais ne font plus partie du groupe et effectivement c'est moins bien qu'avant (pas de leur faute d'ailleurs).

PS : vous devriez allez dans profil et choisir un avatar, on aura moins l'impression de parler à des fantômes !
Fuck you i won't do what you tell me !

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